Apropos de la GE

Apropos de la GE

 

Quelques remarques concernant la fondation du Parti de la Gauche Européenne

En juin 1998, à la veille des élections européennes, les représentants de plusieurs partis de gauche, socialistes, communistes et rouge-verts de l'Union européenne se rencontrent à Berlin, afin de dégager de nouvelles pistes permettant une meilleure coopération.

Ayant vécu une période difficile de réorientation politique suivant les bouleversements de 1989/1990, de nombreux partis de la Gauche européenne transformatrice arrivent à la conclusion qu'il est grand temps de concrétiser leur coopération, en vue de donner un profil commun à la Gauche européenne.

Par conséquent, en janvier 1999, treize partis de gauche se réunissent à Paris et publient leur premier appel commun, au sujet des élections européennes de la même année, qu’ils adressent à tous les citoyens de l’UE. Les partis y énoncent leurs objectifs communs, les principes de leur coopération ainsi que leurs idées-clefs concernant une Europe sociale, écologique, démocratique, pacifique et solidaire. En outre, suivant les élections parlementaires de juin 1999, le Groupe Confédéral de la Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique (GUE/NGL) est créé au sein du Parlement européen.

Au cours de la réunion de Paris, le président du PDS allemand, Lothar Bisky, met l’accent sur le besoin d’aller au-delà des formes habituelles de la coopération parlementaire – au sein du Parlement européen aussi bien qu’au Forum de la Nouvelle Gauche Européenne (NELF) – et de dégager de nouvelles pistes de collaboration politique qui soient indépendantes des rapports individuels des partis membres avec l'Union européenne et son processus d’intégration. Etant donné les expériences historiques fort différentes des partis européens de gauche ainsi que l’utilisation qui pourrait en être faite, pourquoi ne pas imaginer la formation d'un parti européen commun ?

1. En mars 2003 et sur invitation de Synaspismos – la coalition grecque de la Gauche, des Mouvements et de l’Ecologie –, des mesures qui avaient été élaborées au cours des réunions du NELF à Copenhague et à Paris en 2002 sont mises en œuvre afin de lutter activement pour la création d'un parti européen de gauche. Egalement en 2003, les membres initiaux de la Gauche Européenne organisent d’autres réunions, notamment sur la création d’un document politique de base (le programme) ainsi que sur la structure et les fondements du travail commun (le statut).

Finalement, lors d’une réunion en janvier 2004 à Berlin, les partis fondateurs en appellent à tous les partis européens de gauche et lancent une fois pour toutes le projet d’un Parti de la Gauche Européenne. Onze partis répondent à l’appel ; d’autres annoncent qu’ils observeront activement le processus de création.

Lors de la réunion suivante, tenue à Athènes en février 2004, les partis initiaux (c’est-à-dire l’ensemble des partis ayant signé l'initiative de Berlin qui, elle, était également ouverte à des partis observateurs) annoncent vouloir organiser le Congrès fondateur les 8 et 9 mai 2004 à Rome. Un groupe international, constitué de représentants de tous les partis membres, se charge de la préparation du Congrès.

2. Dès le départ, les partis conviennent que le processus de création d’un parti de gauche devra être ouvert et transparent, et qu’il sera primordial de faire intervenir les membres des différents partis, de discuter des mesures politiques concrètes avec eux. En effet, cette démarche a permis de s’attaquer directement au sujet très sensible de la souveraineté et de l'indépendance des partis qui s’explique majoritairement, et davantage encore au niveau européen, par la « tutelle » de Moscou et des autres centres décisionnels du temps de la Guerre Froide, par les tentatives d’arriver à un développement indépendant (voir l’eurocommunisme) telles qu’observées en Hongrie (1956), à Prague (1968) et en Afghanistan (1978), ainsi que par les controverses qui s’en sont suivies au sein du mouvement de la Gauche internationale. De la même manière, la démarche a pu tenir compte de l’apparition de nouveaux partis démocratiques de gauche, nés d’une lutte pour une alternative politique dans leurs pays respectifs.

3. La dynamique de la réunion de Berlin anime le débat au sein des partis de gauche, notamment en vue des décisions à prendre. Or, ce débat ne révèle non seulement les points communs des partis et mouvements de gauche, mais également l’existence de contradictions et d’hétérogénéité – ce qui montre une fois de plus le besoin d’un choix historique en faveur d’une collaboration européenne.

Débattre fait partie intégrante de la Gauche Européenne, et les sujets sont nombreux. Qui pourrait ou devrait adhérer au parti ? Quel est le profil concret que le parti européen devrait adopter ? Comment les partis nationaux peuvent-ils garantir une prise de décision démocratique et l’indépendance de leur parti, tout en participant activement à une organisation européenne forte, plus forte d’ailleurs qu’une simple confédération ? Comment la structure de l’organisation – consciemment fondée sur le modèle historique d’une association de parti européens de gauche, et comprenant aussi bien des membres à part entière que des membres observateurs – peut-elle contribuer à une coopération effective entre les partis de gauche.

En effet, la Gauche en Europe se compose de nombreuses formations politiques et sociales, en partie opposées, qui font preuve d’une différence non négligeable dans leurs programmes, visions, fondements, origines régionales, expériences historiques et attitudes envers l’UE.

Il s’avère donc d’autant plus nécessaire que la Gauche – en vue de concentrer la résistance à un démantèlement de l’Etat social et de la démocratie, en vue d'avancer de véritables alternatives politiques aux citoyens européens – s’exprime de manière unie au niveau européen et qu’elle développe des propositions concrètes pour une UE, pour une Europe différente. Pourquoi ne pas trouver un dénominateur politique commun – de préférence, et compte tenu de l’attaque néolibérale contre le consensus social, le plus grand – dans l’objectif de s’établir en tant que force politique indépendante, comme partenaire fiable des mouvements sociaux et comme acteur influent sur la scène de la politique européenne ? Etant donné la force, la tradition et les attentes du mouvement féministe, écologique et pacifique, il est temps que la Gauche politique assume ses responsabilités. Nous voulons contribuer au développement et à la réalisation de stratégies politiques nouvelles. Il s’agit là sans nul doute de l’enjeu principal des partis de gauche de l’UE et de l’Europe, d’autant plus que la pensée néolibérale ne cesse de gagner du terrain et que le manque d’alternatives à la logique capitaliste du marché, aux éternelles réductions des coûts, au démantèlement révoltant des structures sociales et même à la marchandisation de la société toute entière devient de plus en plus évident.

Certes, nous vivons dans un monde de dominance néolibérale – un monde dans lequel la Gauche se voit souvent contraint d’adopter une stratégie défensive, dans lequel de nombreux partis nationaux (qu’ils aient participé à un gouvernement ou non) doivent accepter des pertes importantes lors des élections, et dans lequel de nombreux gouvernements de centre-droite, de droite et de la droite populiste ont pu s’établir. Mais simultanément, un nombre croissant de mouvements citoyens font entendre leur voix et multiplient leurs initiatives communes. Les élections européennes offriront la chance à la Gauche de défendre sa position influente, au niveau européen aussi bien que dans les différents pays.

Dans de nombreux, sinon la plupart des pays européens, de différentes forces s’opposent lors des élections européennes. Cela s’est également fait sentir au cours du processus fondateur de la Gauche Européenne. Raison pour laquelle le travail commun revêt de diverses formes et structures constructives. Ainsi, parallèlement au processus fondateur du Parti, la Gauche Européenne poursuit ses travaux au sein du NELF, et les nombreux partis membres de la GUE/NGL élaborent un appel commun aux élections européennes du mois de juin 2009, en vue de prolonger les expériences positives de la collaboration au sein du groupe parlementaire. Bien évidemment, pas tous les partis ne comptent signer ledit appel, et aucun ne sera obligé de le faire.

4. Le Parti de la Gauche Européenne demande une autre Europe.

Une Europe qui dit non à la guerre et à la militarisation. La Gauche Européenne est une Gauche pacifique.

Une Europe qui défend et renouvelle l’Etat social, qui redistribue richesse, puissance et influence.

Une Europe de cultures diverses, de liberté d'esprit, ouverte au monde. La Gauche Européenne est une Gauche culturelle qui refuse le révisionnisme historique, puisqu'elle est en mesure de gérer son histoire de façon critique et respectueuse.

Une Europe qui s’ouvre au monde et qui résiste à la mondialisation capitaliste. La Gauche Européenne est une Gauche critique vis-à-vis du capitalisme : elle est anticapitaliste et vise à mener les sociétés au-delà du régime capitaliste.

Une Europe démocratique. La Gauche Européenne cherche à libérer la politique des refuges du pouvoir et à la ramener dans la société, sur les places publiques et dans les rues. Elle veut que la politique anime les débats entre citoyens, entre hommes et femmes de tout âge. La politique fait partie des mouvements et forme les partis. Les partis de la Gauche agissent à travers les parlements, les gouvernements, les initiatives et les manifestations extra-parlementaires, afin d’instaurer un contre-pouvoir créatif et influent. Et la Gauche est prête à endosser sa part de responsabilité, ce qui distingue les partis dans le discours social.

Agissons donc, de manière sérieuse et ouverte à tous ceux qui souhaiteraient nous accompagner. Autrement dit : carpe diem ! L’Europe sociale, pacifique et solidaire a besoin de notre intervention. Et ce n’est qu'un début !